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André Pochon. « Les nitrates, oui, c'est mon combat mais aussi les pesticides. C'est un sacré danger pour les jeunes qui sont derrière nous. » Mon combat est parti de l'observation du jeune paysan que j'étais dans les années 50, à Saint-Mayeux. On n'était pas aveugle, on a découvert que sans azote on faisait aussi bien dans nos campagnes. Et on est partageux. La recherche agronomique n'a pas nié les résultats. Mais on a été confrontés à une génération formée au productivisme à bloc. À des enseignants qui ne se remettent pas en cause. Mais la nouvelle génération est plus réceptive au discours écologique. Les Jeunes agriculteurs ont même souhaité me rencontrer. Le nouveau président de la chambre d'agriculture a lui même des prairies à base de trèfle blanc, un mode de culture que je prône et dont j'ai fait un livre.
La lutte contre les pollutions vous anime-t-elle toujours ?
Les nitrates, oui, les pesticides aussi. C'est un sacré danger pour les jeunes qui sont derrière nous. Les cancers, les dérèglements hormonaux s'accumulent... On en mettrait moins ? Attention, avec l'augmentation du prix des céréales, ça redevient rentable de mettre « la sauce ». Il faut taxer très fortement les pesticides.
Vous oeuvrez contre le projet de centrale électrique à Ploufragan.
Oui, ce dossier a quand même évolué. J'ai été reçu par le cabinet du ministre M. Boorlo. On nous a dit qu'il n'était pas question d'autoriser cette centrale pour plus de 500 heures par an. GDF dit, « si on n'a pas plus de 3 000 heures, on ne s'en sort pas financièrement ». Donc, c'est bloqué. Le problème de fond reste la production rapide d'énergie aux heures de pointe.
Là-dessus, vous avancez une solution ?
Le directeur d'EDF est venu me rencontrer à ce sujet. On l'a branché sur le projet de station de transfert d'énergie par pompage à Guerlédan. À Viv'Armor, nous avions conservé ce dossier monté en 1974. Avec 180 mètres de chute exploitable, on peut produire 700 mégawatts. Ça peut fournir de l'électricité à toute la Bretagne. La méthanisation ou l'éolien ne correspondent pas à notre problème. Mais on a l'hydraulique. Le terrain appartient déjà à EDF. La principale difficulté, c'est qu'il faut une ligne de 400 000 volts pour transporter cette énergie jusqu'à Plaine-Haute, donc des demandes administratives, un long dossier. Mais ça vaut le jus. Ce système fonctionne ailleurs. Une autre piste, le faire au barrage du Gouët.
Les algues vertes, c'est un autre cheval de bataille.
On découvre que ces algues sont bel et bien dangereuses. Edgard Pisani, qui est venu les voir, en a eu le souffle coupé. C'est un scandale. Tant qu'on ne quitte le modèle maïs et lisier, on n'en sortira pas. On ne s'attaque pas à la base du système. On a tout à gagner à revenir à un élevage de porc sur litière. Avec le conseil général, on a enquêté sur 14 fermes. Les résultats vont bientôt sortir. Le taux de perte des animaux sur litière est de 2,5 %. Sur caillebotis, il est de 5 %. Cela veut dire que les cochons sont mieux et moins malades. Et c'est moins de frais vétérinaires. Pas besoin d'aller plus loin.
Recueilli par
Sébastien GROSMAITRE.