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Récemment en conférence au Mans, Hervé Hamon revient vendredi dans sa ville natale pour évoquer les événements de Mai 68. Hervé Hamon, écrivain historien, fait escale dans sa ville natale, Saint-Brieuc, vendredi. Il y présente Demandons l'impossible.
Dans votre livre, vous dites ne pas aimer les anniversaires, les nostalgies recuites...
J'aime bien le travail de mémoire. Je pense qu'un pays est toujours plus intelligent quand il a de la mémoire que s'il est amnésique. Mais je n'aime pas la mémoire contrainte.
Alors pourquoi avoir écrit ce roman sur mai 68 ?
J'ai déjà pas mal travaillé sur cette période. Mais pour tout vous dire, je ne pense pas 68 en me réveillant tous les matins. J'ai dit à peu près ce que j'avais à dire, mais j'avais une idée rentrée depuis un moment : un roman sinon rien. Et je dois dire aussi que Nicolas Sarkozy m'a un peu aidé. Je trouve terrible et inquiétant l'idée que l'on puisse liquider un pan de mémoire.
Et pourquoi avoir choisi la forme du roman-feuilleton ?
J'aime beaucoup Good bye Lenin ! qui raconte à de jeunes Allemands d'aujourd'hui ce qu'était le mur de Berlin, ce qu'il y avait de l'autre côté. Je pense qu'avec 68, on a une espèce de mur à franchir, car le monde politique de la fin des années soixante est vraiment autre comparé à celui d'aujourd'hui et en même temps ce sont des événements qui continuent à nous interpeller. D'où le choix du roman-feuilleton : populaire, qui soit une sorte de comédie, qui fasse sourire et soit accessible à tous. 68 n'est pas une tragédie, c'est un moment assez étonnant qui va ouvrir un débat de société énorme, dans un monde archaïque. Dans ce livre, il y a aussi une part d'autodérision : les gauchistes sectaires que je mets en scène, je m'en moque.
De quelle manière racontez-vous cette histoire ?
J'ai fait un choix qui n'est pas anodin : mon héroïne est une femme. Mai 68 a marqué l'histoire des femmes. Il faut savoir qu'en 1965 une femme ne peut pas ouvrir un compte en banque sans l'autorisation de son mari, que l'interruption de grossesse ne sera octroyée qu'en 1974, que la plupart des femmes sont exclues du monde du travail... Pendant les événements de 68 la réflexion des femmes a été souvent drôle et pertinente contre toutes les formes de pouvoir. Dans mon livre, la narratrice n'est pas une jeune fille mais une mère de 42 ans, qui s'est mariée jeune, a eu ses enfants très tôt, n'a eu qu'un seul homme dans sa vie... Elle vit mai 68 de sa cuisine en écoutant son transistor.
Et mai 68 à Saint-Brieuc, des souvenirs ?
Je finissais mes études de philo à Paris. Je n'étais encarté nulle part mais très heureux dans le mouvement. Je suis rentré à Saint-Brieuc où il régnait une agitation sympathique, le petit théâtre transformé en odéon avec un débat permanent animé par François Budet et André Feller. Il y avait une grande demande d'information de la part des Briochins, ouvriers, paysans... sur ce qui se passait à Paris. La télé était tellement aux ordres qu'elle ne montrait que des voitures brûlées ou des étudiants en colère. Je suis venu témoigner de ce que je venais de vivre. Cela m'a valu des contacts des échanges formidables avec des gens de tous bords politiques... Car 68 reste pour moi avant tout une période où les Français ont parlé aux Français.
Recueilli par
Véronique CONSTANCE.
Pratique. Rencontre débat à la bibliothèque municipale du centre-ville, vendredi 23, à 18 h 30.