Des Noisettes. Avec ce nom qui ne semble pas casser trois pattes à canard, le profane s'attend à la prestation d'un énième groupe de pop sucrée. La chanteuse Shingai Shoniwa et ses deux acolytes ont tôt fait de remettre les pendules à l'heure. Le trio produit un rock puissant et tendu, sans compromission. On pense bien sûr aux Bell Rays, le côté soul en moins. Ici, point de fioritures. Avec une coupe à la Grace Jones et sa combinaison noire à paillettes qui moule un corps parfait, Shingai fouette l'air de coups de pied, empoigne sa basse comme un jouet et prend des postures suggestives, n'hésitant pas à chevaucher la grosse caisse de la batterie. Il ne s'agit pas là d'une posture mais d'une énergie vraie, qui sous-tend la colère et l'engagement de ce groupe qui devrait faire du bruit. Noise en anglais.
BB Brunes, groupe pour têtes blondes. Ils entrent en scène, après s'être un petit peu fait attendre, sur une musique de Gainsbourg et sous les hurlements stridents de leurs milliers de fans. Des adolescentes conquises d'avance. Certes, le groupe parisien a pris de l'envergure par rapport à ses congénères que sont Naast (programmé l'an dernier à Art Rock) ou les Plasticines, amenant ses guitares vers des contrées plus mélodieuses et maîtrisées, mais quoi qu'il fasse, BB Brunes reste un groupe d'ados qui a bien du mal à se défaire de ses « yeah yeah yeah » ou de ses « na na na » (il existe la variante plus osée « la la la »). « Ils ont dû trop souffrir quand ils étaient jeunes », ironise un rockeur pur jus dans le public. Et le « fuck you » asséné en refrain d'un de leur tube n'y change rien. Le rock est une musique de rebellion. Les BB Brunes auraient peut-être dû faire un p'tit voyage initiatique au festival punk de Boquého.
Daniel Darc, l'icône new wave rescapée. Un univers trouble et adulte. Les cinq musiciens posent un son à la fois tranchant et sourdement romantique. Daniel Darc, toujours belle gueule abîmée, voûté dans son veston noir, est en phase avec sa réputation de poète maudit. Un peu vacillant, il s'appuie sur le pied de micro, jette un oeil au prompteur, mais il y a une grâce dans toute sa prestation. La voix a ces déraillements touchants d'un blues möderne (pour reprendre le terme de l'expo d'agnès b.), et les textes à fleur de peau disent tout de lui, avec style et sans fard : l'aspiration spirituelle et l'attrait de la déchéance, l'envie de trop vivre et les regrets qu'on en tire. Daniel Darc incarne, parfois à la limite de la caricature (mais du bon côté de la limite), l'artiste épidermique et passionnel. Reste que beaucoup auraient préféré l'écouter en club (le Forum, par exemple) que sous un grand chapiteau avide d'émotions plus positives. Ou tout au moins énergiquement assénées. Nada Surf et Editors devaient, après Daniel Darc, s'en charger.
Laurent FRÉTIGNÉ
et Philippe RICHARD.