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Ginger devant sa première fresque. Il considère ces travaux comme des « essais ». « Il a senti qu'il devait le faire. »
D'abord musicien, il a tour à tour été officier dans la marine marchande, pendant six ans, « histoire de pouvoir acheter une batterie ». Après « un plan déco dans un resto à Guingamp », alors qu'il « traînait à Saint-Brieuc », Françoise Trabut, adjointe à la jeunesse à la mairie, lui propose de réaliser des fresques avec des jeunes des quartiers de la ville. Après avoir un peu hésité, « il a senti qu'il devait le faire. »
Le projet s'est donc ficelé petit à petit, avec René Boizard, éducateur à la Protection judiciaire de la jeunesse. Le but : « intégrer six gamins, qui étaient prédélinquants. » Ils ont donc signé avec les jeunes des contrats emplois solidarité de trois mois, « parce que ça représente du boulot. »
Pour « Les jambes », Ginger a effectué « une quarantaine de maquettes avec les gamins en faisant des découpages et des montages à la photocopieuse. » Un peu comme les graphistes punks des années 70 et 80. Pour choisir ce qui devriendra la fresque : « on a fait une élection avec les gens de la mairie et les passants, explique-t-il, mais le souci, c'est qu'une de mes maquettes a été choisie. » Du coup, il décide de « mixer celle-ci avec celles des gamins ». Ce qui donne une composition de trois photos.
« Les gamins ont dû se dire :il est nul le prof »
Vient alors le temps de la réalisation de la fresque sur le pignon, haut de quatorze mètres. « J'étais sur l'échafaudage, je ne savais pas faire, alors j'ai improvisé. Les gamins ont dû se dire : il est nul le prof ! », s'exclame Ginger. En plus, ces six jeunes « ne s'en sentaient pas capables au début. » Au bout d'un mois et demi, perchés sur l'échafaudage, « les gamins ont fait un truc jusqu'au bout et ils se sont approprié la fresque. » Mission remplie pour Ginger, puisqu'au moins deux d'entre eux ont trouvé du travail ensuite.
Aujourd'hui, « Les jambes » ont subi les assauts du temps, leurs couleurs sont passées : « La fresque ça ne tient pas le temps, il faudrait peut-être que je me mette à faire des toiles. J'aurais peut-être une postérité comme ça ! » s'amuse l'artiste. Après avoir réalisé plus d'une dizaine d'oeuvres dans les rues de la ville, Ginger est parti en Argentine, où il a réalisé des fresques, fait des décors pour des publicités et même joué le rôle d'un Français dans un film. Mais ça, c'est une tout autre histoire...
Yann LEON.