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Michel Rio, patient diabétique et insulino-dépendant, ne décolère pas. « Mon médecin est parti ouvrir un autre cabinet en Vendée. Sans rien dire, explique-t-il. Je viens d'apporter des analyses au laboratoire. Si les résultats ne sont pas bons, je fais quoi ? » La veille du départ du généraliste, il y a 15 jours, Michel Rio l'avait pourtant questionné à ce sujet. « Le docteur Moutapam m'a affirmé qu'il n'était pas question qu'il s'en aille, que ce n'était qu'une rumeur mensongère. »
À l'ancien cabinet du médecin, en plein centre historique de Dinan, l'ambiance est surréaliste. Un tas de papiers jonche le sol de la salle consultation. Le mobilier a disparu. Quelques médicaments et la plaque du médecin traînent sur une tablette. La secrétaire médicale, Héléna Bonhomme, qui a reçu son préavis de licenciement, reçoit les patients debout, les chaises ayant disparu. Elle prend aussi les appels destinés au cabinet de Vendée, transférés à Dinan, et continue donc à organiser, à distance et sans perdre patience, l'agenda de rendez-vous du médecin.
La secrétaire a aussi hérité de la lourde responsabilité d'organiser la transmission de 800 à 1 000 dossiers médicaux. « Ce qui me chagrine c'est que le docteur est parti avec toute l'informatique. Certains patients n'ont plus de documents. ». La plupart repartent avec leur dossier de papier sous le bras. Pour les cas les plus lourds, les dossiers sont envoyés vers les hôpitaux ou les maisons de retraite. Mais pour tous, le plus difficile est de trouver un nouveau médecin. Les généralistes de la région dinannaise sont déjà débordés.
Les raisons d'un brusque départ
« Un médecin a l'obligation de prévenir l'ordre des médecins départemental de son départ », rappelle le docteur Deffeur au conseil national de l'ordre des médecins. Une obligation respectée par le Dr Dieudonné Moutapam. « Les règles déontologiques préconisent également de prévenir ses patients, de les conseiller pour retrouver un nouveau médecin et d'organiser la transmission des dossiers médicaux. »
De son côté, le docteur Moutapam affirme : « J'ai prévenu la plupart de mes patients par téléphone, mais je n'ai pas pu joindre les 1 500 personnes concernées. Si j'avais averti tout le monde trois mois à l'avance, j'aurais perdu toute ma clientèle ! défend le généraliste. La secrétaire s'occupe des dossiers médicaux. Ce n'est pas à moi de trouver un nouveau médecin à mes patients. Le problème de fond, c'est la pénurie de généralistes. »
Mais pourquoi n'avoir pas cherché un repreneur ? « J'ai publié une annonce dans le Quotidien du médecin un mois avant mon départ. Ça n'a rien donné. » Le docteur Moutapam, diplômé de médecine morphologique et anti-âge, avait une deuxième activité au centre d'esthétique Derma-Neuva à Dinan. « Une activité que la ville va perdre également », annonce le docteur. Quant aux raisons de son brusque départ, le médecin indique seulement : « Ça me regarde. Dinan était une région difficile. »
Fabienne RICHARD.