À la station-service, le plein de colère
« Les voitures de société sont devenues le gros de notre clientèle », disent Jean-François et Élisabeth Briffaut, gérants de la station Total du boulevard Charner (à gauche sur la photo).
Le prix du gasoil grimpe, les automobilistes fulminent et les petits pleins se multiplient. Les pompistes accusent le coup.
>> Forum : Le prix des carburants flambe, comme s'adapter ?
« Un centime de plus ce matin, un centime de plus samedi matin. On applique les tarifs imposés tous les soirs par Total. À la longue, ces hausses du prix du gasoil sont insupportables. Les critiques fusent. » Chez Jean-Louis et Élisabeth Briffaut qui gèrent le garage Total du boulevard Charner, le chiffre d'affaire est à la baisse. Ici, les automobilistes s'arrêtent par habitude ou pour offrir un produit de luxe à leur véhicule. « Ces derniers vont jusqu'à choisir le plus cher, l'Excellium. Ils savent qu'avec un carburant de qualité, ils rouleront plus longtemps et pollueront moins. » Ceux-là ont les moyens. Ils sont presque devenus exceptionnels. Car la majorité des conducteurs rationalisent leur déplacement. « Finies les balades dominicales jusqu'à Ploumanac'h et les courses au centre commercial. Désormais, on va à pied au marché », constate Élisabeth Briffaut. Et quand l'auto a soif, on limite la dépense à 30 ou 40 €. C'est le cas de Han, rencontré hier matin. « Mon Audit est très gourmande alors je ne mets que dix litres, à chaque fois ». La cliente suivante s'extirpe d'une Volkswagen Coccinelle jaune citron. Une jolie voiture mais qui « consomme énormément », dit Caïla qui avait déjà dépensé 10 € en sans-plomb, à 8h30. À midi, elle tend un billet 5 € au pompiste. « C'est tout ce que j'ai dans mon porte-monnaie », dit-elle d'un air dépité.
Un plein quotidien : 120 €
Depuis le début d'année, les nouveaux clients se font rares à la station Total du boulevard Charner.« Heureusement que les professionnels dotés d'une carte GR (grand routier) sont là pour compenser les pertes. Ils assurent les trois quarts de nos recettes. » Des recettes qui dépendent du nombre de litres vendus. « En semaine, on distribue entre 5 000 et 6 000 litres par jour. Le samedi, quand on atteint 1 500 litres, on est content », dit Patrick Rondel. Le propriétaire de la station de Cesson reconnaît que les camionnettes de chantier qui viennent, tous les jours, faire un plein à 120 € sont des aubaines.
Pour l'instant, les annonces de blocage des raffineries par les pêcheurs n'ont pas encore eu de répercussion dans les stations briochines. Personne n'a encore débarqué avec son jerricane. « Les plus inquiets sont sans doute les retraités qui se viennent se ravitailler en prévision d'une pénurie », sourit Brigitte Rondel. C'est aussi le calme plat à la station Shell de la Croix-Lambert. La responsable, Chantal Girard, qui a pris les rênes du site, il y a un mois, affiche un bel optimisme. « Notre clientèle reste fidèle et le chiffre d'affaire est stable ».
Catherine LEMESLE.
Ouest-France