« En lisant votre histoire, j'ai eu le frisson ». « Ce qui vous est arrivé m'a secoué »... Dans la boîte e-mail de Didier Rasse, c'est l'avalanche, depuis vendredi. Ce jour-là, dans les pages Côtes-d'Armor d'
Ouest-France (
lire l'article), le motard, qui habite Plérin, a raconté la pénible histoire qui vient de lui arriver.
Une semaine plus tôt, il rejoint, à 7 h 30, son travail à moto. Sur la RN12, à hauteur de Saint-Brieuc, il double un camion. Un fourgon, qui suivait le camion, déboîte au même moment et heurte la moto. Le pilote percute le rail central. Il est projeté au sol, sonné, sur la voie rapide.
À cette heure d'embauche, la circulation est dense. Le fourgon a disparu. Ignorant ses blessures, le blessé finit par se relever. Il fait signe aux automobilistes de ralentir.
« Ils continuaient, c'
était impressionnant. » Il entreprend de traverser les deux voies, ne mesurant pas le danger. Le flot de voitures continue son chemin, jusqu'à ce qu'un conducteur s'arrête, près de vingt minutes après.
Le miraculé s'est senti bien seul, ce matin-là. Depuis, il a perdu le sommeil, le moral est en berne. En réponse à son désarroi, plusieurs dizaines de lecteurs ont réagi. Jules lui écrit:
« L'indifférence me bouleverse. »
La sensation de « faire du rab »
« Toutes ces personnes qui vous ont vu seraient scandalisées si, à votre place, ça avait été un fils ou un de leurs proches », observe Cédric, qui a lu cette histoire
« avec stupeur ». Il ajoute:
« Pour ne pas arriver en retard au travail, on cautionne une situation anormale qui aurait pu tourner au drame. »
Michèle témoigne d'une mésaventure similaire, vécue un matin de verglas:
« Une vingtaine d'automobilistes est passée, en contournant avec dextérité mon véhicule dont je ne pouvais plus m'extraire. Certains feignaient de ne pas me voir. J'étais horrifiée, je craignais le suraccident. »
Hormis un correspondant (le seul) qui fustige
« les motards imprudents », la plupart font preuve de solidarité:
« Si vous avez besoin, je connais un médecin qui fait disparaître les traumatismes liés aux accidents », propose Françoise.
Ce récit renvoie les lecteurs à leur propre histoire, comme l'illustre Agnès, victime d'un accident avec son bébé:
« Tout le monde nous voyait, personne ne s'arrêtait. J'en ai fait des cauchemars. Puis c'est devenu une chance. J'ai la sensation, de 'faire du rab'. Nous ne devrions plus être de ce monde, mes soucis perdent donc de leur importance. Et mes bonheurs sont plus grands. » Elle conseille:
« Appréciez encore plus la vie ! »
L'affaire circule beaucoup sur les forums de motards. Pierre, dans la Loire, raconte cette histoire
« d'un automobiliste qui a sauvé la vie d'un motard, se mettant lui-même en danger face au trafic ». Monsieur moto des Côtes-d'Armor souhaite à Didier le plaisir de le croiser bientôt sur sa moto.
« Courage Didier ! », lance Hubert.
« Espérez encore de l'homme, lui dit Colette.
Votre témoignage nous permet de réactiver notre vigilance et de réfléchir à la solidarité sur la route. ».
Marie-Claudine CHAUPITRE.