Le soldat Bodin, tué à 22 ans, aimait tant la vie
Portrait du caporal Anthony Bodin.
Il est mort samedi sous le feu des talibans. Le caporal Anthony Bodin, 22 ans, a été tué samedi au nord-est de Kaboul dans un guet-apens des rebelles afghans. A Dinan (Côtes-d'Armor), sa famille et ses amis pleurent Anthony Bodin, un jeune gars d'1,80m qui croquait la vie.
« Il était trop jeune pour mourir ». Dans son appartement à l'étage d'un immeuble HLM de Dinan, Christine la maman d'Anthony Bodin, le jeune militaire de 22 ans tué samedi en Afghanistan a les larmes aux yeux. « Hier quand j'ai vu le colonel, un gendarme et le maire sur le pas de la porte, j'ai compris tout de suite. »
Passionné de moto, Anthony Bodin avait décroché un BEP mécanique moto et cycles au lycée Jean-Jaurès à Rennes. « Mais comme il n'avait pas trouvé de travail, il s'était engagé dans l'armée il y a trois ans et ça lui plaisait beaucoup. » Il exerçait dans une unité de chars du 3e régiment d'infanterie de marine basé à Vannes. Fierté de sa maman et de ses deux jeunes frères de 17 et 20 ans, le portrait d'Anthony en tenue militaire trône sur le buffet du salon. Entre deux missions, il rentrait à Dinan retrouver sa famille. Pas pour longtemps. « Il avait à peine posé son sac qu'il repartait aussitôt rejoindre son meilleur copain Maxime. »
« À chaque fois qu'il revenait, c'était la fête ! », se souvient Maxime Chatellier dont le petit Enzo vient de naître jeudi à la maternité de Dinan. Anthony, c'était comme mon frère. Alors, quand j'ai choisi le parrain de mon fils, c'était forcément lui. Avec Anthony on a fait toutes nos études ensemble. On s'est connu en 6e et on ne s'est plus quittés. On a été virés du collège à Dinan le même jour ! »
Anthony et Maxime font les 400 coups. Un peu de chahut et beaucoup d'école buissonnière. « On préférait sécher les cours et traîner en ville... » Ou prendre le large sur une mobylette, quinze fois bricolée, quinze fois repeinte. En bleu la dernière fois, comme en attestent les rares photos familiales. Ou pour se payer une bonne partie de rigolade à bord de « maripepette 222 », un attelage à quatre roues ¯ bleu horizon elle aussi ¯ fabriqué pour la célébrissime course de voiturette de Saint-Carné.
Mais s'ils ont le goût de la liberté, les deux amis ne se tournent pas les pouces longtemps.Direction le lycée agricole de Caulnes pour un CAP mécanique. Ils enchaînent avec un BEP à Rennes, au lycée Jean-Jaurès. « Les études, c'était pas trop notre truc, mais ça ne nous a pas empêchés de réussir, souligne Maxime avec un brin de fierté. Après le BEP, on a pris un mois de vacances ensemble en camping dans le Morbihan. Et ensuite hop ! au boulot. »
Les deux gars passionnés de motos, quads et moto-cross commencent à travailler à 18 ans à peine. Maxime trouve une place chez les cycles Gauthier à Dinan. Anthony prend ce qu'il trouve. Travaille en intérim chez le fabricant de salaison Kermené. Et, las d'attendre un vrai boulot dans le domaine qui le passionne, décide de s'engager.
C'était il y a trois ans. Il part pour trois ou quatre mois au Kosovo puis en Côte d'Ivoire. Sur ces missions, il reste très discret. « Il était heureux de s'être engagé, rapporte Maxime. Et quand il revenait, c'était pour s'amuser. Pas pour parler de l'armée ». Anthony « beau gosse d'1,80 m », selon son meilleur pote,est toujours partant pour célébrer le retour chez les siens. Avec le temps, les deux meilleurs copains sortent moins en boîte, font moins les fous en moto. Et construisent leur vie. Quand Carine, l'amie de Maxime est enceinte, Anthony est le premier prévenu. C'est par la messagerie Internet qu'il a appris il y a trois jours qu'il était devenu parrain du petit Enzo. « Des bons souvenirs avec Anthony ? J'en ai trop », soupire Maxime, les yeux rougis. Ce que je voudrais qu'on retienne de lui ? Sa bonté. »
Assise à la table du salon avec une amie venue la soutenir, Christine, la maman, a encore du mal à croire que le drame est arrivé. « Anthony était un bon vivant, il ne méritait pas mourir. Il était parti en Afghanistan le 6 juillet et m'avait promis de revenir pour Noël. Il n'a jamais raté une fête familiale. » Elle ne sait pas encore quand le corps de son fils sera rapatrié en France. Une chose est sûre : pour l'hommage qui lui sera rendu, elle veut des fleurs jaunes et blanches. « C'est ce qu'il m'offrait toujours pour mon anniversaire ».
Fabienne RICHARD.
Ouest-France
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